Vous avez le droit d’être fachées ! Vraiment, je suis impardonnable, vous abandonner ainsi sur votre faim, sans le moindre petit détail, la moindre petite miette… J’avoue c’est nul ! Mes amies me détestent pour ça, je commence par leur raconter le truc improbable qui vient de m’arriver « encore », je titille leur curiosité et puis je les laisse en plan dans un suspens des plus intenables. Et je vous jure, je ne le fais même pas exprès.
Mais comme le dit l’adage, faute avouée, faute à moitié pardonnée, n’est ce pas ? Promis, c’est la dernière fois. Allé, l’introduction commence à se faire longue, il est temps de replonger dans cette matinée au café maudit.
On s’était arrété sur le 4ème appel d’Ines, le besoin vital de prendre une douche et une Nehla résignée… enfin presque !
Je finis enfin par arriver dans le hall de nos locaux, je dis bonjour à Mary, l’hôtesse d’accueil. Rappelez-vous la chemise tachée, l’odeur du café, le mascara dégoulinant… Et pourtant elle me répond d’un sourire des plus communs, sans air surpris, à peine compatissant . La flamme s’est éteinte entre nous, rien ne peut plus la surprendre. Je ne veux même pas imaginer mon niveau de crédibilité auprès de mes collaborateurs. Mais passons…
Je prends l’ascenceur, j’appuie sur le numéro de mon étage et je prie pour que personne ne monte avec moi.
Bingo, j’arrive au 15ème sans avoir croisé le moindre chat (ce qui est plutôt normal dans un immeuble professionnel), et j’en suis ravie. Je n’en dirais pas autant d’Inès, et je la comprends. La pauvre, a du finaliser seule la mise en page du support pour la réunion, lancer l’impression des exemplaires, et gérer les autres clients. J’étais tellement concentrée sur White Gold que j’en ai delaissé mes autres dossiers. Promis, je saurais me faire pardonner.
Je me dirige vers mon bureau et passe devant celui de notre co-locataire Maître Duvart, Gilles pour les intimes, mais nous n’en sommes pas là. Un expert du pénal d’environ 55 ans, un homme plutôt petit et bien portant l’air grincheux mais très sympathique, avec qui nous partageons les locaux. Vous n’avez pas idée du prix d’un loyer à Paris.
Bref je pose mes affaires, et supplie Inès de m’épargner les reproches, il faut absolument que je prenne une douche.
Heureusement, j’ai un kit de survie dans mon caisson. Comme il m’arrive de courir au parc entre midi et deux… j’ai une trousse de toilette, une serviette et des sneakers que je laisse toujours au travail. J’ai aussi une veste de blazer que je laisse pour les « au cas-où » : au cas-où un client débarque à l’improviste… par exemple.
Je cours dans nos vestiaires pour me délecter d’une douche, bien méritée. J’ai presque oublié que je n’ai pas de tenue de rechange pour cet aprem. J’en profite pour réviser les élements clés de ma présentation, pour info, il s’agit d’une proposition d’optimisation fiscale, mais passons… gardons cet espace d’échange le moins boring possible !
15 minutes plus tard, et une mine plus fraiche que jamais, je m’apprête à faire ce que j’aime le plus au monde, enfin, après chanter à tue-tête toute seule en voiture : me maquiller. Ne me demandez pas pourquoi, ça me détend… il y en a, c’est colorier des mandalas, moi c’est colorier mon visage !
Je pars sur un make up plutôt léger. Pour une réunion pro, j’opte habituellement pour un rouge à lèvres nude mais aujourd’hui, il fallait que j’attire l’attention sur autre chose que ma chemise tâchée, je signe donc d’un rouge rubis intense, celui que je réserve d’habitude aux soirées entre filles. Sublime !
J’enfile ma veste de blazer, en espérant camoufler l’incident de ce matin et retourne au bureau… pas le temps de déjeuner, le stress m’a embrouillé l’esprit, et je vous ai dit, je ne peux pas me permettre de passer à côté de ce client.
Je m’apprête à replonger dans mes slides, quand je vois une salade de chez Codan posée près de mon ordi avec un post-it : « Sans vinaigrette, il ne faudrait pas que tu taches celle-ci aussi ! ». Et posée sur le fauteuil, une chemise bleue dans un emballage transparent qui semble sortir du pressing, marquée d’un autre post-it : « De rien ! ». Cœur sur toi Inès.
Je l’examine : bleue ciel à rayures, taille 42, signée Stories, une boutique mode pour homme que je connais bien car, j’avais fait une étude de cas sur sa stratégie commerciale pour mon DEC. Elle est parfaite, sa coupe, sa longueur de buste, la largeur des manchettes, le col…
Je cours l’essayer, elle est juste parfaite. Je ne sais pas de qui je peux le moins me passer : de ma super assistante ou de cette chemise ?
Le Phenix est de retour, et ce n’est pas sans l’aide d’Andromède.
